Reconnaître, identifier et gérer nos émotions

 

Dans une société qui a fait de la raison l’étalon d’or des comportements, nous sommes nombreux à avoir appris à réprimer nos émotions par réflexe. Nous éprouvons des difficultés à ressentir nos émotions, à les nommer ; ou, au contraire, à les gérer tellement elles sont intenses et mal venues.

Heureusement, la gestion des émotions est comme les mathématiques : pas agréable pour tout le monde, mais une aptitude qui se pratique et que chacun d’entre nous peut maîtriser. Il s’agit du fruit d’un entraînement et non d’une aptitude innée que certains n’auraient pas.

Pourquoi avons-nous des émotions ?

Tout ce qui est déterminé biologiquement, notamment les émotions, a une cause. Les émotions sont ainsi des signaux envoyés par notre inconscient pour nous informer sur notre environnement. Voici quelques exemples :

  • Joie : la joie, émotion positive par excellence, nous signale que notre situation est bonne — et puisqu’elle est agréable, nous aurons tendance à maintenir cette situation, ou à la rechercher à nouveau à l’avenir.
  • Compassion : la compassion nous pousse à prendre soin des autres, ce qui est nécessaire pour qu’un groupe puisse survivre — et en même temps, cela resserre les liens entre ses membres.
  • Gratitude/générosité : ces deux émotions, qui forment une boucle, créent un lien entre le donateur et le receveur, et renforcent la confiance.
  • Tristesse : la tristesse nous incite à aller vers d’autres personnes lorsque nous n’allons pas bien — en partant du principe que ces personnes feront preuve de compassion à notre égard.
  • Colère : la colère survient lorsqu’une de nos valeurs est attaquée ; elle nous pousse à nous protéger, à nous défendre pour ce qui est important.
  • Culpabilité/honte : ces deux émotions, très désagréables, visent à ce que nous ne répétions pas les mêmes erreurs. Très utiles lorsque l’on est jeune, ces deux émotions ont cependant tendance à se maintenir avec le temps et nous gêner sensiblement à l’âge adulte.

Savoir reconnaître nos émotions lorsqu’elles font surface, les identifier et les nommer est une première étape pour savoir quoi en faire par la suite — elle peut sembler triviale, mais il ne faut pas la sauter.

Bien qualifier ses émotions

Un second aspect de nos émotions est comment nous les percevons de façon générale. Il y a, de façon globale, trois façons de les concevoir :

  • Positives et négatives : cette dialectique suppose que des émotions sont bonnes, d’autres mauvaises — ce qui, d’après leur terminologie, sous-entend que nous y apportons un jugement moral — ce qui peut nous rendre d’autant plus malheureux, car nous nous en voulons pour notre propre malheur.
  • Conscientes et réprimées : lorsque nous réprimons des émotions, nous les poussons à la limite de notre champ de conscience (sans les écarter totalement). Nous empêchons notre cerveau de les traiter, et elles sont poussées plus profondément dans notre esprit. Mais une émotion que nous ne laissons pas s’exprimer s’exprime toujours, plus tard et d’une autre façon.
  • Agréables et désagréables : cette qualification des émotions est plus factuelle, et plus utile aussi à court terme. Si l’émotion est agréable, continuons ; si elle est désagréable, il faut changer quelque chose.

Des outils pour gérer nos émotions

Il existe, par chance, de nombreux outils pour améliorer notre état émotionnel. La première façon est de développer nos émotions positives par :

  • La méditation : ici, toutes les formes de méditation devraient nous aider.
  • Un journal de gratitude, une lettre d’auto-compassion ou une lettre de remerciement remise en mains propres sont de puissants outils.
  • Développer un état d’esprit d’ouverture, c’est-à-dire dans lequel on accepte nos émotions telles qu’elles sont, y compris les désagréables. Neurologiquement, nos émotions positives et négatives ont des zones de traitement en commun. Ainsi, si vous les atrophiez en écartant vos émotions négatives, la zone sera également atrophiée lorsqu’une émotion positive se présentera.

Si vous vous sentez mal à un moment donné, voici quelques outils que vous pouvez utiliser :

  • Respiration carrée : en inspirant sur 4 secondes, retenant votre souffle 4 seconde, expirant 4 secondes, gardant vos poumons vides 4 secondes, vous vous calmerez rapidement. Cette respiration est utilisée par les Navy SEALs : si c’est assez bon pour eux, cela devrait l’être pour vous également.
  • Musique relaxante : certaines musiques sont plus relaxantes que d’autres. Par exemple, Weightless a un effet rapide et profond sur la réduction du stress.
  • RAIN (recognize, accept, investigate, non-identification) : en cas d’émotion difficile, posez-vous un instant. Reconnaissez qu’une émotion difficile s’est présentée ; accueillez-la comme une amie, du mieux que vous pouvez ; et observez-la avec la curiosité d’un enfant. D’où vient-elle ? Que dit-elle ? Comment change-t-elle ? Continuez pendant plusieurs minutes. Reconnaissez que, si vous êtes toujours la même personne, vous n’êtes pas votre émotion ; observez-la de l’extérieur, sans la manipuler.

Mais attention, si ces outils sont utiles, il existe aussi des écueils. En voici deux :

  • Passer trop de temps à dévorer des livres, articles et vidéos de psychologie et développement personnel. Savoir quoi faire est utile, mais vient un moment où il faut passer à l’action. N’attendez pas la technique parfaite, soyez satisfait de quelque chose d’ “assez bien”.
  • Trop intellectualiser ce qu’il se passe. Lorsque nous intellectualisons, nous nous éloignons de notre vie émotionnelle ; ainsi, s’y intéresser d’un point de vue cognitif est un bon moyen d’éviter de se confronter à ce que l’on ressent réellement. À la place, trouvez le juste milieu entre compréhension intellectuelle et vie émotionnelle.

Vous avez maintenant les outils nécessaires pour comprendre d’où viennent vos émotions et ce qu’elles veulent vous dire, quel état d’esprit adopter lorsque vous ressentez des émotions difficiles, et des outils pour les gérer à court et moyen terme.

Dans le prochain article, je vous expliquerai comment vous pouvez faire de vos émotions des alliées à moyen-long terme.

 

Remy Roche – Membre de United Spirit

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