Ôde à la curiosité

La curiosité est souvent associée aux enfants qui s’intéressent continuellement à tout, souvent au grand dam de leurs parents.

Par opposition, on a assimilé la maturité de l’âge adulte à un état dans lequel on ne doit accorder notre attention qu’à des éléments pré-sélectionnés, et où l’on a amassé assez d’expériences et de connaissances pour ne pas nous émerveiller devant les petites choses.

Mais sans l’émerveillement, l’intérêt que nous portons est superficiel et nous apprenons moins. Avec la curiosité, nous pouvons continuer à apprendre. En réalité, en brimant notre curiosité avec l’âge, nous échangeons l’émerveillement de l’enfance pour une sclérose intellectuelle.

Pourquoi la curiosité ?

La curiosité est une qualité très importante, et bien souvent ignorée. Pourtant, lorsque nous voyons quelque chose de nouveau, notre cerveau libère de la dopamine (la molécule de la motivation/récompense) pour nous pousser à y accorder notre attention : c’est un mécanisme normal que de s’intéresser à ce que nous ne connaissons pas. Si ça ne nous était pas bénéfique, nous n’aurions pas évolué comme cela.

Différentes études ont montré que la curiosité rend les personnes plus heureuses, plus empathiques, et se sentent plus proches de leurs amis et conjoints. Les patients dont les docteurs sont curieux bénéficient de traitements plus adaptés, et il est probable que d’autres professionnels soient aussi plus efficaces lorsqu’ils font preuve de davantage de curiosité.

Pour plus de résilience

En tant que capacité à nous intéresser pour ce qui se trouve autour de nous, la curiosité nous aide à apprécier notre environnement dans l’instant présent, qu’il soit agréable ou désagréable.

Notre environnement étant impermanent, développer cette forme d’équanimité nous permet de moins nous attacher à ce qui, de toute façon, disparaîtra — et, en même temps, à donner de la valeur à ce qui apparaîtra à la place. Cela augmente notre capacité d’adaptation.

Pour plus d’empathie et de compréhension de soi

Lorsqu’elle est dirigée vers quelqu’un d’autre, notre curiosité montre à la personne qu’on s’intéresse à elle. Elle se sent valorisée et appréciée. En même temps, poser des questions permet d’approfondir la relation avec l’autre. Cela renforce les liens et rend la relation plus satisfaisante.

Lorsqu’elle est dirigée vers soi-même, la curiosité devient moteur d’introspection. Nous en apprenons davantage sur comment nous fonctionnons, sans jugement et avec compassion. La curiosité nous amène à découvrir de nouvelles facettes de nous-même, qui existaient déjà mais que nous refusions d’accepter jusque-là.

Nous pouvons alors davantage nous accepter et, dans le même temps, faire preuve de l’humilité qui va avec la reconnaissance et l’acceptation du fait que nous ne savons pas tout et que nous avons des défauts.

Pour garder une âme d’enfant

La curiosité est particulièrement saillante chez les enfants, qui ont tout à apprendre et portent un grand intérêt à tout ce qui les entoure. S’il y a des raisons biologiques à cette particularité — leurs niveaux de dopamine sont naturellement très élevés par exemple — chacun peut développer cette qualité.

Elle va de pair avec une envie de jouer (Quelle meilleure façon d’apprendre que le jeu ? Même le monde de l’entreprise s’y met avec les serious games), et de moins se prendre au sérieux, ce qui permet d’élargir ses horizons en ne restant pas sur des idées préconçues.

C’est donc la clé d’un état d’esprit d’apprentissage permanent, dit lifelong learning. Sans curiosité, nous restons figés et le monde avance sans nous ; en nous intéressant au monde, nous pouvons actualiser en permanence notre carte intérieure et continuer à grandir.

Curiosité intellectuelle, curiosité émotionnelle

La curiosité peut se manifester à deux niveaux. Le premier est intellectuel et assez superficiel, il s’agit de tenter de discerner les principales qualités d’un objet afin de le classifier et passer à autre chose. Il est efficace mais ne va pas très loin.

Le second engage notre être en entier, y compris émotionnellement. Notre curiosité nous plonge dans l’objet de notre intérêt, et nous tentons de comprendre cet objet pour ce qu’il est, plutôt que de le faire rentrer dans une case.

Nous l’apprécions alors dans l’instant et de façon directe, sans passer par les mots : d’une certaine façon, nous fusionnons avec l’objet de notre attention. C’est l’état de flow décrit par Mihaly Csikszentmihalyi, caractérisé par un bien-être, une performance et créativité accrues, et la perte de la notion de temps.

Exercices pratiques

Pour développer notre curiosité, plusieurs exercices existent. Il s’agit d’un état d’esprit que chacun peut adopter :

  • En nous souvenant que, quel que soit notre âge ou la somme de nos connaissances, nous avons énormément de choses à apprendre ;
  • En prêtant attention à nos sens afin d’entrer en contact direct avec notre environnement sans le juger ni le traduire en mots ;
  • En questionnant notre environnement, nos actions, nos connaissances ( « Pourquoi ? » est une excellente question) ;
  • En éliminant les distractions pour focaliser notre attention sur une activité à la fois ;
  • En faisant l’expérience d’une action habituelle et ennuyeuse pour ce qu’elle est : on la trouve ennuyeuse parce qu’on l’a déjà vécue 100 fois, qu’on croit en avoir fait le tour, mais chaque situation n’est-elle pas unique ?

 

Remy Roche – Membre de United Spirit

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *